Category: Livres,Romans et littérature,Littérature française
Morceaux cassés d'une chose Details
Certains auteurs attendent la fin de leurs jours pour revenir sur leurs premiers pas dans l’existence et en littérature. Oscar Coop-Phane n’aura attendu que ses trente ans pour raconter ce qu’est la vie d’un écrivain aujourd’hui. Ce que cet étrange travail représente pour lui de joies comme de sacrifices. Son récit n’est pas linéaire ou chronologique mais éclaté ; Oscar s’y livre par fragments (définition: morceaux cassés d’une chose), dans de courts chapitres aux titres éloquents (P.I : L’encre, La feuille, L’auteur, La fuite, Le titre… P.II : Parler, S’asseoir, Parader, Boire..). Il mêle ainsi des souvenirs d’âges différents – de son enfance, son adolescence, sa vie d’homme. Le propos peut d’abord sembler trivial ; les bêtises en classe, les copains, sa découverte des filles, de la littérature ; les petits boulots, pion, barman ou dealer, pour vivre et écrire ; les premiers manuscrits, les refus ; puis le succès, soudain, ses livres en librairie ; et les galères encore, le métier d’écrivain, les interviews, les salons, la peur de la précarité. Mais son récit fourmille de détails qui sont autant de clés : une montre Swatch offerte par sa mère qu’elle prétend être un cadeau de son père, alors qu’il vient de quitter leur foyer ; le geste d’un patron de restaurant près de son lycée qui, chaque fois qu’Oscar s’y rend pour déjeuner, lui rend discrètement le billet avec lequel il vient de payer ; le visage d’une jeune fille, un soir, qui comme lui, semble cacher une cicatrice ; le mépris d’un éditeur ou le regard surpris d’un lecteur qui le voit servir derrière un bar alors que son visage est dans le journal. Car les détails révèlent les événements ; une enfance heurtée par les disputes puis le divorce de ses parents ; une vie de débrouilles pour se loger, manger, dès 16 ans ; le souvenir du corps d’un autre en soi, gamin ; la crainte de ne jamais être publié puis de ne pas pouvoir en vivre. Et aussi, la beauté, tant de joies : la liberté, à Paris, Berlin ou Rome ; les vrais amis et la compagnie des auteurs, Bove, Calaferte ou Dabit ; son premier prix, la fierté ; les rencontres de certains lecteurs ; une femme, l’amour, puis une enfant, sa fille. Et l’écriture toujours. C’est une existence courte, mais intense. Une leçon de courage et de style tant l’écriture ciselée d’Oscar Coop-Phane émerveille. D’une grâce et d’une justesse bouleversantes, ce livre aurait pu s’appeler Morceaux cassés d’une vie autant que Lettre à un jeune écrivain. Ou, s’il avait été écrit par un autre, Et tu seras auteur, mon fils.

Reviews
Contrairement à mes mauvaises habitudes, je ne vais pas jeter le bandeau des Morceaux cassés, je vais le garder sans le froisser : il est si joli le tout petit Oscar, trop mignon, avec sa petite bouille régulière et ses yeux explosifs. Il a donc toujours été beau Oscar, avec un O énorme, gros comme une belle grosse patate.Il y a des écrivains comme ça, dès que tu entres dans leur texte, quelle que soit l'époque ou la géographie, tu te sens dans leur monde. Je n'ai pas beaucoup de références mais par exemple : avec Djian, tu es en Amérique du Nord, au bord d'une route avec une méchante boule de gui qui roule dans la poussière beige, ou dans un quartier de banlieue, pelouses bien vertes sans clôture, et voisine en bigoudis, quand l??action se passe à Morsang sur Orge. Avec Sagan, même au fin fond de la Corrèze, pays des vaches rousses et des mouches, tu es dans un salon, d??un piano de prix sort du Schubert, ça sent la soie, la cigarette blonde, Jicky et le scotch sec. Avec Oscar, assourdie d??électro, je suis en 1950. Le temps est plutôt gris, les hommes, sur des trottoirs, marchent en habits froissés, on respire les odeurs : la laine humide et grasse de leurs manteaux, le tabac brun froid et en passant, celles des vinasses des bougnats. Les filles sur des scooters ont toutes les silhouettes et les peaux blanches des copines des blousons noirs ou des jeunes-gens des Cousins de Chabrol.Oscar en a des choses à raconter, depuis qu'on le lit, des choses de vieux, ça s'entend qu'il les aime. Oscar et ses mille vies dans ce tout petit paquet d'années, même s'il commence lentement à vieillir. Le tour de passe-passe d'avoir passé autant de jours et de nuits dans la dèche, l'alcool, la drogue, le bad, la baise et d??en avoir toujours plus à raconter qu'un vieux papy qu'aurait vu les deux grandes, il me le rejoue à chaque nouveau livre, et je suis baba, bouche ouverte et yeux écarquillés : "Mais comment qu'il a fait ?"Il y a toujours cette poésie de la vie, cette élégance jusque dans la crasse : tu lirais ça d'un autre, ça pourrait être dégoûtant, avec Oscar c'est la classe. L'aristocratie transgénérationnelle, comme la névrose, tu ne t'en décolles pas quoi que tu tentes. Et j'espère, qu'à part quelques lucidités, comme si son coude ripait de temps en temps sur le bord de son piédestal, il conservera toujours ses postures, affectées dans la vie, nécessaires à ses aveux écrits.Il est toujours beau Oscar, et c'est indispensable, cette chance, elle est partout dans ses phrases aux constructions aussi fines et précises que les longues feuilles de ses joints. Oscar a exactement cette finesse de ton, de réflexion, de ressenti. Tu ne t'ennuies jamais si tu es sensible aux autres, à leurs petites grandeurs, à leurs insupportables bassesses.Notre vérité sort de la bouche de nos enfants ? Emmanuelle a fait pleurer Oscar en lui disant que son métier alimentaire c??était d??écrire des livres, mais que son vrai métier c??était barman ? ?a prouve que les enfants se trompent sur leurs parents, souvent, et je paye cher pour le savoir. Nan, son métier alimentaire, Emmanuelle, c??est barman et lui, il est écrivain. Et moi je te dis, il va bien falloir que ça se sache partout, il n??y a pas de compositeur de cette trempe qui n??atteigne les sommets de la gloire.NB : je ne savais pas que c??était O., tout au début, qui avait parlé des procès faits aux animaux.


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